Au-dessous du volcan de Malcom Lowry

« Aussi quand tu partis, Yvonne, j’allai à Oaxaca. Pas de plus triste mot. Te dirai-je, Yvonne, le terrible voyage à travers le désert, dans le chemin de fer à voie étroite, sur le chevalet de torture d’une banquette de troisième classe, l’enfant dont nous avons sauvé la vie, sa mère et moi, en lui frottant le ventre de la tequila de ma bouteille, ou comment m’en allant dans ma chambre en l’hôtel où nous fûmes heureux, le bruit d’égorgement en bas dans la cuisine me chassa dans l’éblouissement de la rue, et plus tard, cette nuit-là, le vautour accroupi dans la cuvette du lavabo ? Horreur à la mesure de nerfs de géant ! »

Extrait de l’avant-propos (par Maurice Nadeau) : On gloserait à l’infini à propos d’une œuvre aussi riche et aussi profonde, et ce n’est certes pas le but de cette présentation. Elle voulait seulement prévenir le lecteur qui va s’enfoncer pour la première fois dans la forêt obscure que la place du moindre arbuste y a été marquée par un homme qui n’a rien voulu laisser au hasard, comme pour mieux montrer, sans doute, que le hasard nous tient dans sa main.

Dans ce roman, un des seuls ouvrages de Malcolm Lowry, l’auteur nous emmène dans la pesante chaleur mexicaine, au rythme d’une journée mêlant légèreté et introspection, au gré des effluves de la tequila et du traître mezcal, comme un long rêve douloureux et éthylique, relatant l’amour, l’amitié et la fraternité impossibles entre nos quatre protagonistes.

Voilà un très bel ouvrage, pesant, presque fantastique, qui se passe sur une journée : el día de los muertos. Pour être tout à fait honnête, ce n’est pas un roman facile d’accès, même si l’avant-propos et la préface nous donnent déjà quelques clés de lecture. Le premier chapitre s’avère d’une certaine manière être la conclusion de l’histoire mais on ne le comprend que bien après. Alors il faut le lire en ayant à l’esprit la douleur engendrée par un chagrin d’amour, en se remémorant cette brume qui s’installe dans notre tête après quelques excès alcoolisés, mais aussi cette extrême lucidité qui peut l’accompagner. On n’est pas dans le jugement des personnages qui cumulent les vices : lâcheté, alcoolisme, infidélité. Leur description est telle qu’on y voit plutôt une sorte de miroir dérangeant. Il nous tarde alors que cette journée, dont on ressent la fatalité à chaque page, se termine et que les effets de l’alcool se dissipent.

Ce roman est paru pour la première fois en 1947 et est considéré comme une des œuvres littéraires majeures du XXème siècle. Son écriture prendra plusieurs années et le manuscrit manquera de disparaître dans un incendie. L’auteur, mort en 1957, est un des piliers de la littérature anglaise.
Une adaptation cinématographique a été réalisée par l’américain John Huston en 1984. Ce film est sélectionné pour la compétition de la Palme d’Or au Festival de Cannes 1984.

635 p., Éditions Gallimard (2015), Collection Folio, Traduit de l’anglais par Stephen Spriel avec la collaboration de Clarisse Francillon et de l’auteur.

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