Rosa Candida de Auður Ava Ólafsdóttir

« Mère et fille vont arriver dans cinq jours. Qu’est-ce qui m’a pris d’accepter de prendre l’enfant ? Qu’est-ce qui m’est passé par la tête ? Je suis là, en train d’organiser un jardin de rêve où littéralement tout ce qui est mis en terre pousse et se développe, et j’essaie de mettre de l’ordre dans ma vie. Bien que je sois son père, j’ignore ce qui est le mieux pour l’enfant ; je ne sais même pas ce qui est le mieux pour moi. On peut dire qu’un gosse m’est tombé dessus avant que j’aie pu décider si j’en aurai ou pas.
Je décide d’aller au jardin plus tard que d’habitude et de me faire couper les cheveux ; pendant ce temps-là, j’essaierai de repenser ma vie. […] je pense à Anna que j’ai vue pour la dernière fois l’espace de dix minutes, il y a deux mois à peine, quand je suis venu lui dire au revoir dans l’entrée, et la fois d’avant à la maternité. […] En vérité, je serais bien en peine de décrire la mère de mon enfant de manière à ce qu’un inconnu puisse la reconnaître. […] Au lieu de cela, j’essaie de récapituler ce que je suis seul à détenir : la lumière dans la serre et le corps orné d’un motif de feuilles. »

En route pour une ancienne roseraie du continent, avec dans ses bagages deux ou trois boutures de Rosa candida, Arnljótur part sans le savoir à la rencontre d’Anna et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden, oublié du monde et gardé par un moine cinéphile.

Depuis la parution de Miss Islande, j’étais bien tentée de découvrir cette plume islandaise dont j’avais lu beaucoup de bien : des chroniques qui avaient éveillé ma curiosité, une chaude recommandation de ma petite sœur qui m’a touchée, le tout associé à une maison d’éditions toujours pleine de belles promesses. Puis un passage dans une petite librairie bretonne à Morlaix (Les Déferlantes) a fini de me convaincre et me voilà avec entre les mains une histoire de moines, de roses, de cinéma, de paternité et de maternité, dans un pays continental quelque peu énigmatique.

Je dois avouer qu’au départ le ton m’a semblé un peu froid. Moi qui vibre pour les plumes américaines poétiques et cinglantes, j’ai craint de ne pas y trouver mon compte. L’écriture m’a parue factuelle et pragmatique. Les personnages, notamment le héros, m’ont parfois donné la sensation d’être extérieurs à eux-mêmes. Puis je me suis laissée doucement absorber par un autre monde. Ce qui de prime abord pouvait donner une impression de détachement a peu à peu révélé des personnages aux sentiments profonds, aux interrogations quasi méditatives, à l’humour poétique et décalé, à l’empathie pleine d’une douceur procurant une agréable sensation de bien-être. Pour tisser un lien prenant entre tous ces éléments, ajoutez une rose à huit pétales, un moine cinéphile, une petite fille touchante, un pays improbable, un jeune homme en quête de lui-même et beaucoup de tendresse. Les questionnements autour de l’amour, de la quête de soi, du deuil, d’être prêt ou non à devenir parent sont traités avec beaucoup de recul, de perspicacité et parfois un peu de fantaisie insolite.
« – Et si une femme dit qu’elle a peur que l’homme ne revienne pas quand il va faire une course ? – Alors il se peut que ce soit elle qui ait envie de partir seule. »
Les humains se fondent dans une nature qui, malgré les limites de la serre ou du jardin, semble riche, luxuriante et pleine de vie. Elle est un lieu d’épanouissement, de sensualité et d’éveil. La cuisine tient également une place importante dans le roman et j’ai eu à plusieurs reprises l’envie de m’asseoir à la table d’Arnljótur et d’Anna pour partager leur repas.
Si par chance vous pouvez vous plonger dans cette jolie lecture dans un beau jardin fleuri de roses de toutes sortes, sous un soleil printanier, alors le charme ne devrait pas manquer d’agir et peut-être comme moi ressortirez-vous un peu chamboulé de ce roman atypique.

Auður Ava Ólafsdóttir est une écrivaine islandaise qui a fait ses études à la Sorbonne à Paris. Elle vit à Reikjavik et est très investie dans tout ce qui touche à la promotion de l’art. Ses romans ont reçu de nombreuses récompenses.

264 p., Éditions Zulma (2015 pour la traduction française), traduction de Catherine Eyjólfsson, titre original : Afflegjarinn.

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