La panthère des neiges de Sylvain Tesson

« Avec Munier, je commençais à saisir que la contemplation des bêtes vous projette devant votre reflet inversé. Les animaux incarnent la volupté, la liberté, l’autonomie : ce à quoi nous avons renoncé. […]
Je cherchais la panthère. Qui cherchais-je vraiment ? Grandeur de l’affût animalier : on traque une bête, c’est votre mère qui vous visite.
Le paysage était un éventail. Des plans de versants écrus s’intercalaient entre des arrière-mondes froissés de neige. La neige poudrait les plissements, les dieux se drapaient. »

– Tesson ! Je poursuis une bête depuis six ans, dit Munier. Elle se cache sur les plateaux du Tibet. J’y retourne cet hiver, je t’emmène.
– Qui est-ce ?
– La panthère des neiges. Une ombre magique !
– Je pensais qu’elle avait disparu, dis-je.
– C’est ce qu’elle fait croire.

Ce livre relate l’affût de quatre comparses guettant l’apparition de la panthère des neiges : Vincent, photographe animalier de talent, Sylvain, écrivain et aventurier, Marie, cinéaste animalier et Léo, doux philosophe. Sylvain Tesson raconte et nous décrit l’attente. La panthère devient alors l’allégorie de son passé, des femmes qu’il a aimées et l’antithèse d’un quotidien soumis au confort et à l’impatience.

J’ai lu plusieurs ouvrages de Sylvain Tesson : une porte ouverte vers l’aventure, les grands espaces, une réflexion sur le monde qui nous entoure. Ses écrits m’ont d’ailleurs inspiré mon premier voyage à vélo ! La panthère des neiges n’échappe pas à la règle. L’auteur use d’une plume poétique pour décrire les paysages. J’ai eu beaucoup de plaisir à m’immerger dans les montagnes blanches et mystérieuses du Tibet. Il nous propose de multiples pensées sur ce qu’est l’attente, notamment au travers des préceptes du Tao-tö-king, livre qui le suit pendant tout le voyage. On partage avec lui l’émotion d’observer la nature sans interférer avec elle, tant dans sa beauté que dans ses règles implacables, proies et prédateurs se côtoyant au quotidien. On ressent le froid, la solitude, le passage des troupeaux de yacks. La récompense arrive enfin lorsque l’once est finalement aperçu. On regrettera parfois le ton un peu prétentieux de l’auteur, mais je crois que c’est tout à fait assumé. Et je ne peux m’empêcher de me demander, à la fin de ma lecture : qu’aurait été cet ouvrage si, comme elle l’a fait pour Matthiessen, la panthère s’était dérobée aux yeux de tous ?

Sylvain Tesson a réalisé de nombreux voyages extrêmes et en a rapporté de très beaux ouvrages dont La marche dans le ciel : 5000 km à pied à travers l’Himalaya et Petit traité sur l’immensité du monde. En 2014, il a un grave accident en s’adonnant à la stégophilie, qu’il pratique depuis l’adolescence.
La Panthère des neiges, son huitième récit de voyage, a reçu le Prix Renaudot en 2019. En parallèle de cet ouvrage Vincent Munier a publié ses photographies dans l’album Tibet minéral animal, aux éditions Kobalann.

167 p., Éditions Gallimard (2019), Collection NRF.

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