L.A. Confidential de James Ellroy

« Lynn Bracken vivait sur Nottingham, non loin de Los Feliz ; il trouva l’adresse facile – un triplex style moderne. Des lumières colorées s’échappaient des fenêtres. Il regarda avant de sonner.
Rouge, bleu, jaune : des silhouettes traversèrent les faisceaux de couleur. Bud assista à son petit show de cul personnel.
Un double craché de Veronika Lake, nue, sur la pointe des pieds : mince, la poitrine généreuse, blonde – coiffée à la page, une coupe parfaite. […]
Bud ouvrit la porte. La première chose qu’il vit fut le lit : une vraie poubelle, grâce à Carolyn ou à Dieu sait qui. Inez s’effondra dessus ; quelques secondes plus tard, elle dormait. Bud la borda, et s’allongea dans le couloir avec sa veste pour oreiller. Le sommeil fut long à venir – il ne cessait de se repasser sa longue et étrange journée. Il sombra, Lynn Bracken devant les yeux ; vers le lever du jour, il remua et découvrit Inez blottie en chien de fusil contre lui.
Il la laissa rester. »

Dans le Los Angeles des fifties, Ed Exley n’a qu’une idée en tête : éclipser son père « l’incorruptible ». Pour cela il est prêt à tout. Bud White, lui, a vu son père tuer sa mère, alors il est devenu une bombe à retardement avec un insigne. Jack Vincennes porte beau mais il est surnommé « Poubelle » car il terrorise les stars de cinéma pour le compte d’un magazine à scandale.
Que font ces trois flics dans cette ville cauchemardesque où toute pitié est exclue et qui ne permet à personne de survivre ? Hollywood scintille de mille feux, mais la fange des bas-fonds attire irrémédiablement ceux qui y mettent les pieds.

Hollywood, les stars, les paillettes, la célébrité et sous ce décor idyllique toute l’ignominie de L.A. masquée par un peu de chirurgie esthétique et de la poudre blanche aux yeux : meurtres avec mises en scène macabres, prostitution, pornographie dégénérée, chantage. Des hommes violents, perdus dans leurs erreurs passées, avides de leur propre justice, enlisés dans leurs problèmes, en quête de femmes douces et de sensualité. La plume qui pulse de James Ellroy, accrochez-vous au départ ! Et puis le style intransigeant et lapidaire nous transporte dans les bas fonds de L.A. pour un voyage interminable dans l’enfer de la Cité des Anges.

Même sentiment que lors de ma lecture du Dahlia Noir, besoin d’une bonne centaine de pages (sur 750 !) pour me refaire au style si particulier d’Ellroy, ne plus me perdre dans sa galerie de personnages sombres, perturbés et sans pitié, entrer pleinement dans l’histoire et dévorer les six cent pages restantes. Les chapitres sont courts, apportant une réelle dynamique au récit. L’alternance avec les coupures de presse nous immergent entièrement dans l’enquête, où les pistes fuitent au gré des indics, où la presse joue un rôle majeur dans la résolution (ou la non résolution ?) de la tuerie du Hibou de Nuit. Les trois personnages principaux sont magistraux. Ellroy pousse ses protagonistes jusqu’au bout, sans crainte de l’excès et nous brosse ainsi des portraits forts, cyniques et aboutis. Malgré leurs gros défauts (violence, mensonge, meurtre, drogue) je me suis attachée à ces antihéros paumés. Comme dans nombre de romans noirs, je leur ai souhaité une rédemption qui semble méritée ; comme dans tout bon roman noir, celle-ci semble s’échapper dès que Bud, Exley ou Vincennes s’en approche d’un peu trop près. Alors j’ai continué de m’enfoncer dans les chapitres, de m’imprégner des mots d’Ellroy, horrifiée par les atrocités commises, stimulée par les talents d’enquêteur d’Exley, attristée pour Vincennes qui semble souvent si seul, pleine d’espoir pour Bud qui sortira peut-être de sa spirale infernale dans les bras de Lynn. Les secrets et les mensonges se mêlent dans les pires brutalités, le lecteur s’enlise dans le sang, la drogue et le porno sale et malgré cela j’ai vibré auprès des personnages, j’ai tourné les pages avec empressement et le point final posé, la tension enfin soulagée, j’en aurai presque redemandé !

James Ellroy, de son vrai nom Lee Earle Ellroy, est né le 4 mars 1948 à Los Angeles, en Californie. Son enfance est marquée par l’assassinat de sa mère, en 1958. L.A. Confidential est le troisième tome du fameux Quatuor de Los Angeles avec Le Dahlia Noir, Le Grand Nulle Part et White Jazz.
Ce roman noir sera adapté au cinéma en 1997 par Curtis Hanson avec dans les rôles principaux Kevin Spacey, Russel Crowe et Kim Basinger. J’ai pour ma part une réelle préférence pour l’adaptation cinématographique de L.A Confidential que celle du Dahlia Noir.

745 p., Éditions Payot et Rivages (1991), Collection Rivages/noir, Traduit de l’anglais (États-Unis) par Freddy Michalski.

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