La Passe-Miroir – Livre 1 de Christelle Dabos

« Perplexe, Ophélie s’agrippa à ce qui lui tomba sous la main. Un appel d’air, puissant comme un torrent, lui coupa le souffle, tandis que les énormes chiens et le traîneau accrochaient ce courant et s’arrachaient de la neige. Le cri hystérique de sa marraine s’étira vers les étoiles. Ophélie, elle, était incapable d’émettre le moindre son. Elle sentit son cœur battre à tout rompre. Plus ils s’élevaient dans le ciel, plus ils gagnaient en vitesse et plus son estomac pesait au fond de son ventre. Ils dessinèrent une ample boucle qui lui parut aussi interminable que les hurlements de la tante. Dans une gerbe d’étincelles, les patins se posèrent en douceur sur la glace des douves. Ophélie sursauta brutalement sur le plancher du traîneau ; elle faillit passer par dessus bord. Enfin, les chiens refrénèrent leur course et l’attelage s’immobilisa devant une herse colossale.
– La Citacielle, annonça laconiquement Thorn en descendant.
Il n’eut pas un regard en arrière pour vérifier que sa fiancée était toujours bien là.
Ophélie se tordait la nuque, incapable de détacher son regard de la cité monumentale qui se dressait jusqu’aux étoiles. « 

Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l’arche d’Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la Citacielle, capitale flottante du Pôle. A quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d’un complot mortel.

Me replonger dans une saga fantastique… voilà bien longtemps que je ne m’étais pas laissée tenter. Un roman dont j’avais beaucoup entendu parler, une couverture que je trouve sublime, une envie de découvrir un nouveau monde et me voilà repartant de la librairie avec le premier tome de la Passe-Miroir. Un univers où les différentes familles ont des dons bien particuliers, un mariage arrangé entre deux clans, des personnages incisifs et implacables, un décor changeant, créé de toutes pièces par l’auteure, les Mirages et les talents d’Hildegarde, de nombreux secrets et une héroïne qui devra trouver sa place.

Je dois avouer qu’au début de ma lecture il m’a semblé retrouver des bribes des autres grandes sagas, notamment A la croisée des mondes et Harry Potter, un manque d’originalité qui m’a un peu déroutée. L’héroïne paraît caricaturale, vouée corps et âme à ses objets, sans aucun souci de son apparence et très maladroite. L’effet caricature se trouve certainement amplifié par les mots de l’auteure qui insistent beaucoup sur la tenue et le caractère de la petite liseuse. Au-delà de cet aspect rébarbatif sur le personnage d’Ophélie, Christelle Dabos a su créer un monde original, étonnant où les jeux entre clans ont vivement aiguisé ma curiosité. Le personnage d’Archibald, ambassadeur et séducteur, et celui du Chevalier, jeune garçon à l’âme bien sombre, m’ont paru particulièrement intéressants et il me tarde de découvrir les limbes dans lesquelles ils vont nous entraîner. L’architecture de la Citacielle m’a également beaucoup plu. Ce jeu d’illusions, de mouvance et de trompe-l’œil que Christelle Dabos a parfaitement su décrire, confondant le lecteur dans ce lieu atypique où la réalité n’a plus de sens. Dans ce premier tome Ophélie est malmenée et j’avais souvent l’envie qu’elle se rebelle face à une belle-famille qui ne semble voir en elle qu’un objet pour parvenir à ses fins. Mais elle n’est pas cette héroïne impulsive que l’on peut souvent rencontrer et il m’a semblé qu’elle attendait d’avoir toutes les cartes en mains pour s’affirmer ensuite avec finesse et sagacité. Nous évoluons dans un monde où l’intérêt des clans prime sur toute forme d’empathie, nous ne pouvons accorder notre confiance à personne et même lorsque des sentiments amicaux ou amoureux commencent à faire surface, je n’ai pu m’empêcher de me demander à quels points ils étaient sincères, s’ils n’étaient pas seulement motivés par un dessin bien plus sinistre. Mon ressenti initial s’est donc rapidement mué en une envie irrésistible de poursuivre ma lecture, entièrement happée par les jeux de pouvoirs mis en place par l’auteure et par l’intrigue captivante de ce premier roman. Le livre 1 plante un décor fascinant et saisissant, j’attends le livre 2 avec impatience !

Au printemps 2012, Gallimard Jeunesse, RTL et Télérama ont lancé un grand concours ouvert à tous ceux qui rêvent d’écrire pour la jeunesse. Parmi les 1 362 textes reçus, un jury composé d’éditeurs, d’auteurs, de journalistes, de libraires et du public a désigné le gagnant en juin 2013. C’est ce livre, La Passe-Miroir, qui recevra de nombreux prix et consacrera Christelle Dabos en tant qu’auteure de fantasy.

418 p., Éditions Gallimard Jeunesse (2013).

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