La route de Cormac McCarthy

« Dans l’après-midi il recommença à neiger. Ils regardaient les pâles flocons gris doucement tamisés par la morne pénombre. Ils continuaient, avançant avec peine. Un fin grésil se formait sur la sombre surface de la route. A chaque instant le petit ralentissait, traînant derrière, et il s’arrêta et l’attendit. Reste avec moi, dit-il.
Tu marches trop vite.
Je vais marcher plus lentement.
Ils repartirent.
Ça recommence. Tu ne parles pas.
Mais si je parle.
Tu veux t’arrêter ?
Je veux toujours m’arrêter.
Il faut qu’on soit plus prudents. Il faut que je sois plus prudent.
Je sais.
On va s’arrêter. D’accord ?
D’accord.
Il faut juste qu’on trouve un endroit.
D’accord. »

L’apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres et de cadavres. Parmi les survivants, un père et son fils errent sur une route, poussant un Caddie rempli d’objets hétéroclites. Dans la pluie, la neige et le froid, ils avancent vers les côtes du Sud, la peur au ventre : des hordes de sauvages cannibales terrorrisent ce qui reste de l’humanité. Survivront-ils à leur voyage ?

Beaucoup connaissent l’histoire grâce au très beau film de John Hillcoat sorti en 2009 dans lequel Viggo Mortensen interprète magnifiquement le personnage principal. Moins de personnes peut-être ont eu la chance de lire le roman de Cormac McCarthy. Et pourtant…
Une ambiance apocalyptique retranscrite avec beaucoup de poésie. Des dialogues incisifs, percutants et lourds de sens. Un père et son fils, jamais nommés, auxquels je me suis attachée profondément. Une errance interminable où la vie, la mort et l’identité n’ont plus de sens. Un voyage sans fin dans la crainte et la désolation. Les souvenirs déformés, les rêves trop heureux qui s’instillent comme un doux poison. Malgré la grisaille et le peu d’espoir, je me suis laissée porter par un réalisme prenant, un texte intense et émouvant, et une envie forte de poursuivre la route à leurs côtés.

Je pense que ce roman peut être relu plusieurs fois, afin d’en saisir tous les messages et toutes les réflexions sur ce qui finalement nous pousse chaque jour à poursuivre notre route. Sans « le petit », « l’homme » n’aurait pas de raison de rester en vie, il serait déjà mort. Garder l’enfant en vie le pousse à continuer alors qu’il ne semble y avoir aucun lendemain possible. Le petit semble comme un avenir envisageable dans ce monde dangereux couvert de cendres. Et le revolver est là, omniprésent, chargé de deux balles s’il fallait en finir. Puis la situation prend un autre tournant lorsque après une altercation, il ne reste plus qu’une seule balle dans le barillet.
Et de nombreuses questions se posent : avancer ? s’arrêter ? vivre ? mourir ? aider les autres ? sauver sa propre peau ? avoir pitié ? ne pas se retourner ? être du côté des gentils ? être du côté des méchants ? La présence du petit, mêlant naïveté enfantine et sagesse de celui qui a vu, soulève toutes ces interrogations et apporte certaines réponses.
Les scènes sont magnifiquement décrites, j’ai tremblé avec eux quand les cannibales étaient proches, j’ai été soulagée lorsqu’ils ont trouvé de quoi se nourrir pour plusieurs jours, j’ai eu le cœur serré quand l’irrémédiable est arrivé. Le fantôme de la mère hante leurs pas, leurs rêves, elle apparait par bribes, j’ai tenté de la connaître, de la comprendre. L’absence de « morts vivants », de fantastique, de héros hors norme qui sauverait le monde, donne un air de terrible réalité à ce roman d’anticipation poignant.
Vous l’aurez compris j’ai eu un vrai coup de cœur pour ce roman, je vous recommande fortement sa lecture et n’hésitez pas à me partager vos avis si vous l’avez lu ou si vous prenez le temps de le découvrir.

Cormac McCarthy est un auteur américain né en 1933. Il est l’auteur de célèbres romans (De si jolis chevaux, L’obscurité du dehors) dont certains adaptés au cinéma comme No country for old men.
La route est son dernier roman, il a reçu le pris Pulitzer en 2007.

252 p., Éditions Points, Éditions de l’Olivier (2008), Traduit de l’américain par François Hirsch.

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